PROJETS PERSONNELS / Ombrées

du 2 mars au 2 novembre 2014
Illés Sarkantyu : Ombrées
Domaine de Kerguéhennec




Né en 1977, Illés Sarkantyu suit des études à l’Université des Arts Décoratifs de Budapest avant de venir s’installer à Paris en 2002. Photographe de formation, il a notamment réalisé une série de portraits de créateurs et intellectuels hongrois vivant en France et de nombreux films sur des artistes contemporains.
Les questions liées à la mémoire, aux archives, aux documents parcourent son travail. Se faisant tour à tour enquêteur, historien, archéologue ou simple témoin, Illés Sarkantyu exhume des images et traces d’histoires qu’il revisite à travers ses propres photographies. Isolées ou confrontées les unes aux autres, ses images fonctionnent comme des indices dans un effort de reconstitution d’un récit ou d’un moment donné, comme en une tentative de compenser le déficit des mémoires.


Simulation de l'installation pour la bibliothèque, meuble ouest, photographies, ~245x450 cm


L’œuvre d’Illés Sarkantyu se déploie sur trois espaces emblématiques du château que sont la bibliothèque, la salle de billard et le fumoir. Enchâssées dans les rayonnages de la bibliothèque, les photographies réalisées durant sa résidence au Domaine de Kerguéhennec, en 2013, se présentent à la manière d’une collection dans un cabinet de curiosité. Des photographies d’ossements, d’insectes séchés ou d’empreintes et d’inscriptions diverses y côtoient des détails d’architectures, d’objets et de paysages, mais également des images de rayonnages vides fonctionnant comme des trompe-l’œil. Dans ces vues rapprochées, Illés Sarkantyu accorde une grande attention aux détails, à la qualité de présence des matières, et le film qu’il présente dans le fumoir procède de ce même regard sensible sur un environnement proche, observé au fil des saisons. Tous ces fragments juxtaposés induisent des rapprochements formels et des combinaisons qui semblent fournir des amorces pour autant de récits liés à une possible histoire du lieu. « Deux images qu’on rapproche produisent de la pensée. Ce n’est pas seulement l’image et sa légende mais la distance qui les sépare qui dessine, ouvre, un espace pour penser. » Cette réflexion formulée par Georges Didi-Huberman à propos de l’Atlas Mnémosyne d’Aby Warburg trouve un puissant écho dans la collection d’images que compose Illés Sarkantyu. Car ce travail interroge les signes et les représentations qui peuplent un environnement donné. Ainsi, sur la table de billard est présentée une photographie noir et blanc au motif énigmatique composé de trois mains sur fond noir. Ces trois mains, Illés Sarkantyu les emprunte au blason ornant la façade du château et les revisite dans un travail photographique. En l’extrayant de son contexte initial l’artiste nous propose de mesurer l’opacité de cette image, sa résistance à l’interprétation et un certain flottement du sens.

Florence Jaillet


Salle de billard



Trois mains : Pouvoir, puissance et domination, photographie, 130x270 cm



Bibliothèque



Simulation de l'installation pour la bibliothèque, meuble sud, photographies, ~245x145 cm



Bibliothèque, meuble est, photographies, ~245x450 cm



Bibliothèque, meuble ouest, photographies, ~245x450 cm



Bibliothèque, meuble nord, photographies, ~200x300 cm






Fumoir : film de 9'45" en boucle
Musique : Schubert - Trio op. 100, Andante con moto, dans l'interprétation du Trio Wanderer.
Avec l'aimable autorisation de la maison de disques Harmonia Mundi.